10 morts lors du scrutin pour une assemblée constituante au Vénézuela

31 juillet 2017

CARACAS, Venezuela _ Un grand nombre de Vénézuéliens ont refusé de participer à un scrutin visant à élire des députés pour une assemblée constituante visant à donner au président Nicolas Maduro et à son gouvernement des pouvoirs quasi illimités alors que le pays continue de s’enfoncer dans une crise socio-économique brutale et que les opposants au président sont de plus en plus aliénés et violents.

Le gouvernement a juré de continuer à rechercher à dominer complètement la scène politique. Ce défi pourrait amener les États-Unis à décréter de nouvelles sanctions et provoquer de nouveaux affrontements qui ont fait 125 morts et près de 2000 blessés depuis avril.

Le cabinet de la procureure générale du pays a indiqué que 10 personnes ont péri dimanche lors d’affrontements entre des manifestants et des policiers. Sept agents ont été blessés par une explosion survenue près d’une ancienne barricade érigée par les protestataires dans un quartier est de Caracas.

Plusieurs pays, dont le Canada, le Mexique, l’Argentine et les États-Unis, ont déjà annoncé qu’ils ne reconnaissaient pas la légimité du scrutin.

«Le processus en vue d’instituer l’assemblée constituante est contraire à la Constitution du Venezuela et vise à usurper les droits démocratiques des Vénézuéliens. Ce projet d’assemblée constituante ne respecte pas les principes de la démocratie et n’est pas non plus représentatif du peuple vénézuélien», a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, la semaine dernière.

Dans la capitale comptant plus de deux millions d’habitants, plusieurs dizaines de bureaux de scrutin semblaient être déserts, là où plusieurs milliers attendaient patiemment pour voter pour le maintien du gouvernement au pouvoir au cours des deux dernières décennies. Plus loin, au complexe sportif et culturel Poliedro, dans la partie occidentale de Caracas, des milliers de personnes, dont plusieurs provenant des secteurs acquis à l’opposition, ont attendu pendant environ deux heures avant de déposer leur bulletin dans l’urne. L’Associated Press a aussi visité une trentaine de bureaux de scrutin, plusieurs étaient désertés par les électeurs tandis que certains autres en accueillaient quelques centaines.

L’opposition avait exhorté la population à boycotter le scrutin, accusant le pouvoir de les avoir truquées. En fin d’après-midi, ses dirigeants ont revendiqué la victoire en affirmant que le taux de participation était faible.

«Il est très clair pour nous que le gouvernement a subi une défaite aujourd’hui (dimanche), a déclaré le président de l’Assemblée nationale, Julio Borges. Cela nous approche du jour où ce gouvernement quittera le pouvoir.»

En fin de soirée dimanche, les résultats du vote n’avaient pas encore été annoncés, mais Diosdado Cabello, le premier vice-président du parti socialiste au pouvoir a affirmé qu’il y avait eu une participation «record» qui allait surprendre l’opposition. Il a ajouté que le scrutin de dimanche était «une victoire morale et éthique contre l’opposition de droite.»

M. Maduro avait déclenché ces élections en mai, alors que se multipliaient les manifestations antigouvernementales. Les 5500 candidats provenant du parti au pouvoir se disputaient les 545 sièges de l’assemblée dont le mandat est de rédiger une nouvelle constitution. Pour le gouvernement, cette assemblée sera placée au-dessus des autres institutions de l’État.

Samedi, le président vénézuélien s’est montré menaçant, affirmant qu’une cellule de prison attendait l’opposition et promettant que «tous les criminels seront emprisonnés pour les crimes qu’ils ont commis».

Certains se sont rendus voter pour montrer leur appui au gouvernement. Selon Ricardo Avendano, un sculpteur, celui-ci doit détenir tous les pouvoirs afin de contrôler le prix des aliments et de mettre un terme aux manifestations.

«Le plus important est d’imposer l’ordre, a-t-il souligné. Si j’avais été le président, il n’y aurait plus de manifestants dans les rues, ces derniers seraient en prison.»

Le gouvernement a tenté d’encourager la population à voter en recourant à diverses tactiques. Par exemple: il a promis de donner de l’argent aux pauvres pour qu’ils se nourrissent et a menacé les fonctionnaires de les congédier s’ils ne votaient pas.