Avions cloués au sol: un pilote d'Air Transat décrit une situation chaotique

31 aout 2017

OTTAWA _ Gêné de constamment annoncer aux passagers qu’il y aurait un nouveau délai, frustré de ne pas pouvoir obtenir le ravitaillement demandé et impatient, le pilote d’un des deux vols d’Air Transat demeurés coincés à l’aéroport d’Ottawa durant des heures le 31 juillet a décrit la gamme d’émotions qu’il a traversées ce jour-là.

Il témoignait jeudi avant-midi devant l’Office des transports du Canada qui tente de déterminer si le transporteur aérien a respecté ses obligations envers ses passagers.

“Le lendemain, j’ai vu le cirque médiatique qui a entouré tout ça et j’étais vraiment choqué, surpris parce que je dirais que la majorité des passagers qui ont quitté l’appareil ce soir-là à Montréal nous ont remerciés”, a raconté Yves Saint-Laurent avant de faire une long pause pour contenir son émotion.

Il était aux commandes du vol TS507 en provenance de Rome qui devait se rendre à Montréal.

Il a décrit une situation chaotique à l’aéroport d’Ottawa qui a accueilli 20 vols en raison du mauvais temps ce jour-là.

Le commandant de bord ne croyait pas que son avion allait être cloué au sol durant cinq heures, mais une série d’événements se sont succédé, allongeant chaque fois le temps que l’appareil devait passer sur le tarmac.

M. Saint-Laurent a demandé un ravitaillement en carburant pour lequel on lui avait dit qu’il devrait attendre 45 minutes, ce qu’il a fait. Puis, le délai ne cessait de s’allonger. Il a vu un avion d’Air Canada être ravitaillé même s’il était arrivé après. Le ravitaillement dans les aéroports se fait généralement selon la règle du premier arrivé, premier servi.

“Je commençais à être très embarrassé à faire des annonces aux passagers, à ajouter des délais continuellement comme ça de 30 minutes, 45 minutes, a-t-il dit. Et puis, ma décision de poursuivre était 30 minutes, ce n’est pas long considérant ce que je m’attendais (…) si je demandais un débarquement.”

Faire débarquer les quelque 300 passagers de l’avion aurait pris entre cinq et six heures, selon lui, puisqu’il aurait fallu leur faire passer la douane, leur trouver des chambres d’hôtel et noliser des autobus pour les y conduire.

Aucune demande d’eau ou de nourriture

Les commandants de bord des deux vols d’Air Transat cloués au sol à l’aéroport d’Ottawa n’ont jamais demandé que de l’eau ou de la nourriture leur soit envoyée pour les centaines de passagers coincés à bord des appareils, a affirmé, plus tôt dans la journée, la directrice des services au sol pour First Air, Carol Clark.

Cette entreprise offre des services au sol pour les transporteurs aériens à l’aéroport d’Ottawa. Elle agit comme intermédiaire entre les compagnies aériennes et les ravitailleurs en carburant.

Des centaines de passagers sont restés coincés dans des avions d’Air Transat durant respectivement cinq et six heures, le 31 juillet dernier. Des orages avaient forcé les vols en provenance du continent européen à se poser à Ottawa alors qu’ils devaient atterrir à Montréal.

Le transporteur aérien et l’aéroport d’Ottawa se sont mutuellement jeté le blâme au lendemain de l’incident.

Le tribunal administratif tente de déterminer si Air Transat a respecté ou non les termes du contrat qui le liait à ses passagers.

Sept passagers ont décrit lors de la première journée d’audience, mercredi, la situation tendue à l’intérieur des avions ce jour-là, l’un d’entre eux allant même jusqu’à comparer le fait de ne pouvoir sortir de l’appareil à une forme de torture.

L’eau et la nourriture manquaient et l’air à l’intérieur des cabines se raréfiait puisque la ventilation ne fonctionnait pas. L’équipage refusait de laisser sortir les passagers des avions malgré les heures d’attente qui ne cessaient de s’allonger. Les deux avions attendaient un ravitaillement de carburant.

Selon le témoignage des trois employés de First Air, personne n’a été avisé qu’il était urgent que les avions obtiennent ce carburant.

L’anxiété montait chez certains passagers du vol TS157 si bien que l’un d’entre eux a fini par téléphoner au 911 pour obtenir de l’aide.

Le président-directeur général de l’Administration de l’aéroport international d’Ottawa, Mark Laroche, a qualifié la situation d’inacceptable lors de son témoignage mercredi.

Ses employés étaient prêts à fournir de l’eau, de la nourriture et à procéder au débarquement des voyageurs, a-t-il affirmé, mais Air Transat n’en a jamais fait la demande.

Un porte-parole de la compagnie aérienne s’est excusé pour cette «situation difficile» lors d’une déclaration aux médias mercredi. «Je pense que les audiences permettent de montrer la complexité de la situation que nous avons vécue», a-t-il dit.

Le témoignage d’Air Transat, qui a débuté en milieu d’avant-midi, jeudi, doit durer une bonne partie de la journée.

Son président-directeur général du transporteur aérien, deux de ses pilotes, deux de ses directeurs de vol et un directeur de la sécurité aérienne ont été conviés devant les commissaires de l’Office des transports du Canada (OTC).