Revenu des ménages, les tendances changent

14 septembre 2017

Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

La population et la force économique du Canada se sont déplacées depuis 2005 vers l’Ouest et le Nord, a révélé Statistique Canada dans ses données sur le revenu des ménages publiées le 13 septembre. La forte montée du revenu médian dans ces régions reflète le virage vers une économie portée par les ressources naturelles aux dépens du secteur de la fabrication. Mais ce cycle aurait déjà pris fin. « Le plus marquant dans les données, explique l’économiste Richard Saillant, montre qu’on a vécu à l’échelle nationale la décennie des ressources naturelles. Les endroits où la croissance des revenus a été la plus forte sont dans les régions minières et pétrolières. Les économistes parlent d’un supercycle. » Selon l’auteur du Nouveau-Brunswick, la montée du prix des ressources naturelles a fait baisser le taux de change, entrainant une forte concurrence étrangère et la perte d’emplois dans les usines canadiennes. L’Ontario est ainsi devenu bénéficiaire de la péréquation (les paiements égalisateurs de l’État fédéral). Les juridictions ayant connu les plus fortes croissances depuis 2005 sont le Nunavut (36,7 %), la Saskatchewan (36,5 %), Terre-Neuve et Labrador (28,9 %), les Territoires du Nord-Ouest (24,5 %) et l’Alberta (24 %) ; la plus faible croissance a été enregistrée en Ontario (3,8 %), suivie du Québec (8,9 %) et des trois provinces maritimes (entre 10 et 11 %).

Une redistribution déjà déplacée Le Canada a vu une redistribution de la puissance économique au cours de la décennie, note Richard Saillant. « Mais il ne faut pas extrapoler cette tendance vers l’avenir. L’examen des données depuis mai 2016 révèlerait un changement majeur. Le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique connaissent déjà une résurgence. Terre-Neuve et Labrador a vécu une croissance fulgurante, mais les beaux jours sont révolus, à moins d’une remontée du pétrole. » L’Alberta connait un revenu médian 33 000 $ plus élevé que celui du Nouveau-Brunswick, constate l’économiste. « Si on considère qu’une part de ces revenus sont des transferts gouvernementaux (assurance chômage et prestations de vieillesse) et que les provinces pauvres de l’Est et de l’Atlantique en reçoivent davantage, l’écart serait encore plus grand. »

La répartition des groupes d’âge en cause ? Le pourcentage de personnes âgées au Nouveau-Brunswick serait deux fois plus élevé qu’en Alberta, selon le recensement. À l’échelle nationale, le nombre de personnes âgées vivant au sein de ménages à revenus faibles a grimpé, tandis que le nombre de jeunes enfants a baissé dans cette catégorie. Richard Saillant estime que le Canada possède un « assez bon » système pour les personnes âgées. Mais il reconnaît qu’il en reste encore vivant sous le seuil de la pauvreté. « Ce qui est important, c’est que les revenus médians ont augmenté fortement un peu partout au pays. Aux États-Unis, les revenus médians n’ont pas changé depuis des décennies. » Une nouvelle tendance s’affirme quant aux revenus des couples. Le tiers des conjoints gagne des salaires semblables, une hausse de 20 % en 30 ans. Les hommes demeurent les plus susceptibles de toucher un revenu relativement plus élevé à un taux de 50,7 % ; chez les femmes, ce taux s’élève à 17,3. Les couples du même sexe auraient des revenus plus élevés que les couples de sexe différent. Les prochaines publications du recensement de 2016, attendues le 25 octobre, porteront sur l’Immigration et la diversité culturelle, le Logement et les Peuples autochtones.