La chèvre laitière de Hearst, un rêve signé Marie-Estella Richard

2 octobre 2017

Chantal Quirion (Agricom)

Les planètes étaient alignées pour Marie-Estella Richard. Mais bien au-delà de la conjoncture, la détermination de cette jeune femme de Hearst force l’admiration. Propriétaire de la ferme caprine, La chèvre laitière de Hearst, la nouvelle agricultrice vit pleinement son rêve.

Son troupeau compte 100 chèvres. Une fois par semaine, elle conduit son propre camion-citerne à la Fromagerie Kapuskoise, située à une heure de route, où le fromager François Nadeau attend sa précieuse cargaison. La Fromagerie Kapuskoise a par ailleurs un rôle important à jouer dans l’histoire de Marie-Estella.

Un rêve

« Je voulais me lancer dans la chèvre laitière et je me demandais à qui je pourrais vendre ma production. Je m’étais renseignée et le transporteur ne vient pas dans le Nord. Et là, j’ai vu une annonce qui indiquait qu’à Kapuskasing on cherchait un éleveur de chèvres local. Ça a bien adonné. Le lendemain j’ai été les visiter et on a fait une entente. »

Il faut comprendre qu’au moment de cette rencontre, Marie-Estella n’a pas encore d’étable ni de troupeau. Toutefois, cela fait déjà un temps qu’elle peaufine son projet. Elle transpire la confiance.

« Je n’ai pas étudié en agriculture et je ne viens pas d’un milieu agricole. J’ai étudié en administration des affaires et j’ai travaillé deux ans comme comptable. J’ai une passion pour les animaux et avoir une ferme était mon rêve. Je consomme beaucoup de produits laitiers de chèvre et par ici (Hearst, dont elle est originaire) il n’y en avait pas. J’ai fait de la recherche et j’ai bâti mon plan d’affaires. »

Appui du milieu financier

Avec sa bourse du Fonds de la relève agricole franco-ontarienne pour son projet d’entreprise, Marie-Estella Richard pourra payer sa facture de paille et de foin pour un an.

Son plan est suffisamment solide pour convaincre la Caisse populaire de lui prêter 500 000 $ pour acheter une ancienne ferme laitière qu’elle adaptera.

Marie-Estella a aussi reçu une subvention de 200 000 $ de la Société de gestion du Fonds du patrimoine du Nord de l’Ontario, à la condition que La chèvre laitière de Hearst contribue à créer de l’emploi. Pour l’heure elle y travaille, son frère également ainsi qu’une employée la fin de semaine. Son conjoint, ses parents et sa sœur l’aident aussi beaucoup.

« Les institutions m’ont vraiment beaucoup aidée. Financièrement, ce sont de gros défis. Là je vends du lait, mais je ne couvre pas encoure toutes mes dépenses. Ça prend beaucoup de liquidité au début. Mais, les animaux vont très bien et je dirais que quand ça fera trois ans il va y avoir plus de profits. »

Viser l’excellence

Viendra ensuite l’achat du troupeau pour lequel elle se rendra chez un éleveur réputé, Christian Dubé de Cabri génétique international à Saint-Hyacinthe au Québec. Elle choisit deux races, l’Alpine et la Saanen. Quatre boucs complètent son cheptel.

« J’ai acheté 100 chèvres, des bébés de trois à quatre mois. Il fallait que j’attende qu’elles soient prêtes à se reproduire. »

Entre les premiers germes du projet et la première livraison à la fromagerie, il s’est écoulé près de deux ans.

Pendant ce temps, elle a visité plusieurs fermes caprines en Ontario et au Québec et fait un stage de traite dans le Témiscaminque.

Plusieurs cordes à son arc

Marie-Estella est autorisée par le ministère de l’Agriculture de l’Ontario pour le transport du lait cru.

« J’ai suivi une formation à Guelph puis je me suis fait faire une remorque avec un réservoir dessus qui répond aux standards du ministère. » Elle le fait à l’occasion pour d’autres, mais simplement histoire de dépanner.

Le lait de La chèvre laitière de Hearst est livré à la Fromagerie Kapuskoise de Kapuskasing où le fromager François Nadeau le transforme en trois fromages de spécialité. Photo : courtoisie

Elle a aussi été formée par un vétérinaire de la région pour administrer elle-même les vaccins, traiter les abcès, brefs administrer les soins de façon générale.

« Je fais pas mal tout si elles tombent malades. »

Dans la même veine, elle a appris à contrôler le cycle de reproduction de ses chevrettes de façon à répartir les naissances à différents moments de l’année.

En mode expansion

Marie-Estella entrevoit déjà d’autres projets, dont la fabrication maison de yaourt.

« D’ici cinq ans, j’aimerais avoir ma fabrique de yaourts. Je vais continuer d’envoyer mon lait à la fromagerie, mais je veux aussi faire des yogourts avec des saveurs de notre région. Je vais toujours aller plus loin et j’ai beaucoup de place à la ferme pour prendre de l’expansion. Je pourrais facilement accueillir 500 chèvres », mentionne cette entrepreneure née en énumérant la liste des parfums originaux qui constitueront sa gamme de produits laitiers dont la citrouille et le sirop de pissenlit de sa mère ne sont que quelques exemples.

Marie-Estella vient de remporter l’une des deux bourses de 6 000 $ du Fonds de la relève agricole franco-ontarienne de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) dans la catégorie projet d’entreprise.