Le plant d’eau de Hearst

6 octobre 2017

Awa Dembele-Yeno (Le Nord)

Depuis le scandale de Walkerton en 2000 où une épidémie d’Escherichia coli a provoqué diverses maladies et même des morts dans cette communauté ontarienne de presque 5000 personnes, l’Ontario a mis en place une régulation et des contrôles stricts en matière de formation du personnel, d’équipements et de surveillance des processus de traitement d’eau potable. Ce sont même les plus stricts au Canada, d’après Denis Dolbec, le gestionnaire d’exploitation de l’Agence ontarienne des eaux, à qui la ville de Hearst sous-traite la gestion de l’usine de traitement de l’eau potable.

Le journal Le Nord a visité le plant d’eau pour comprendre comment fonctionne le traitement de l’eau potable en ville. Pour Hearst, tout commence avec la Mattawashkia. La ville prélève son eau directement de la rivière depuis plusieurs décennies ; c’est ce qui s’appelle de l’eau brute. Exposée aux éléments de la nature, la quantité et la qualité de l’eau brute prélevée varient naturellement avec le rythme des saisons et la pluviométrie. « En 2005, il y a eu une sécheresse puis on a été obligés de faire bâtir un barrage rocheux au cas où il y aurait une autre sécheresse dans le futur. On n’a pas eu d’autres problèmes après, c’est là comme une garantie. Mon patron partait en vacances la journée ou je rentrais. L’eau coulait en montant et en descendant vers le plan d’eau, la rivière rentrait dans le plan d’eau en d’autres mots. Puis, quand il est revenu de vacances, il y avait un barrage. Ça a pas été long », explique Denis Dolbec. Le barrage dont il parle, c’est la ligne de roches dans l’eau en face du promontoire panoramique du parc Lecours.

Ce barrage est une des évolutions qu’a connues le processus de production d’eau potable à Hearst. La première usine qui a été utilisée jusqu’en 1979, se trouve encore sur place, à côté de la clôture qui sépare le plan d’eau du parcours de santé le long de la rivière. Denis Dolbec raconte que cette première usine n’avait que trois étapes dans sa production d’eau : prélèvement par pompe, filtration et chloration. Ensuite l’eau était distribuée dans la ville. À partir de 1979, Hearst obtient du financement et se construit une réserve d’une capacité d’entreposage d’eau de plus d’un million de gallons ainsi qu’une nouvelle usine de traitement bâtie pour approvisionner une population grandissante ou des activités industrielles consommatrices d’eau comme une mine.

Dans le nouveau processus, l’eau suit un certain parcours. La première étape après le prélèvement de l’eau, c’est le prétraitement qui se déroule dans l’ancien plan d’eau. « Ça ici, ça s’appelle un puits d’eau brute. C’est là que l’eau rentre. Le premier ajustement qu’on fait à l’eau, c’est qu’on monte le pH. On rajoute une solution de carbonate de sodium. L’eau est neutre. Ce qui se passe, ce que tu vois là, c’est de l’alun. L’alun c’est le produit qui colle les solides en suspension ensemble. L’alun est acide. Il descend ton pH de beaucoup. En montant le pH d’avance, il va se mettre à la bonne place. Si le pH est trop bas, l’alun réagit pas », commente Denis Dolbec. Par ailleurs, dans une perspective écoénergétique, des mécanismes d’entraînement à fréquence variable ont été installés sur les pompes pour qu’elles consomment seulement la quantité d’énergie nécessaire pour pomper la quantité d’eau dont la population a besoin.

Denis Dolbec justifie la transition en 2016 de la chaux au carbonate de sodium pour équilibrer le pH de l’eau : ce dernier élève l’alcalinité de l’eau et donc la rend moins sensible aux variations saisonnières de pH. Plus le pH est stable, plus cela permet la floculation donc la formation d’agrégats de solides qui étaient en suspension dans l’eau. Plus il y a de floculation, plus les agrégats se forment et tombent dans le fond du bassin, ce qui purifie l’eau. Il est donc moins nécessaire de mettre du chlore dans l’eau pour la purifier. « Après une pluie, après la fonte des neiges, quand il y a un coup d’eau qui rentre dans la rivière, ça se trouve à donner un choc à la rivière et ça affecte la qualité de l’eau. Puis, l’hiver, quand il n’y a pas d’infiltration, quand il y a une couche de glace sur la rivière, la qualité monte à 150, comparé à 30, 40 l’été après une grosse pluie. Surtout s’il faut que tu mettes beaucoup d’alun, c’est très acide. Le pH devient nerveux », raconte Denis Dolbec. Comme pour toutes les étapes du processus de purification de l’eau de la rivière, le niveau d’alun est contrôlé et enregistré automatiquement par des contrôleurs au design simplifié ; c’est une évolution dont Denis se réjouit. Il félicite aussi la ville de Hearst pour les investissements continus permettant de renouveler l’équipement du plan d’eau, comme l’acquisition de nouvelles pompes à carbonate de sodium, le radiateur et des valves à diaphragme. En raison de l’automatisation des processus de contrôle, l’usine ne peut pas avoir de coupures d’électricité. Il y a donc une génératrice au diesel qui permet de compenser pour les fluctuations d’électricité.

Plusieurs éléments ont donc un impact sur la qualité du processus de purification, comme l’énonce Denis Dolbec. « Ce qui affecte la désinfection, c’est le pH. Un pH trop haut et le chlore ne marche pas, le temps que l’eau est dans le réservoir, la vitesse à laquelle tu pompes l’eau en dehors du réservoir puis le résiduel de chlore dans l’eau. Si n’importe lequel de ces paramètres s’écartent des valeurs requises, il faut produire un relevé de temps de contact ». Les agents sur place doivent remplir des tableurs, entrer leurs numéros d’identification et informer le ministère.

Le ministère de l’Environnement et de l’action en matière de changement climatique organise des inspections annuelles au cours desquelles ils passent au travers de tous les documents produits par l’usine de traitement d’eau de Hearst, y compris les comptes rendus d’incident. Dans le dernier rapport en date de juillet 2017, l’inspectrice du ministère a donné une note de 95,77 % au plan d’eau de Hearst. Il y a eu un seul incident qui a attiré l’attention de l’inspectrice, lorsque suite à une déconnexion du système d’alarme, le résiduel de chlore était inférieur au minimum requis officiellement. Depuis lors, la ville s’est assurée de mettre en place un système d’alarme qui ne se déconnecte pas lors d’opérations de maintenance.