Retrait d’Énergie Est

11 octobre 2017

Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

Le projet d’Énergie Est était lancé en 2013 alors que le prix du brut atteignait 100 $ le baril. La société TransCanada l’a retiré le 5 octobre après avoir investi un milliard à planifier le tuyau de 4500 km qui devait acheminer du pétrole albertain à la côte atlantique. La pétrolière pourra concentrer ses efforts sur son autre grand projet, Keystone XL, appuyé par Donald Trump.

La partie a été menée par le premier ministre Justin Trudeau, laissant le débat public se jouer entre les opposants (le Québec, les écologistes et les Premières Nations) et les partisans (l’Ouest canadien, le Nouveau-Brunswick et le Nord ontarien). La Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario a exprimé sa déception dans un communiqué du 10 octobre, évoquant un impact négatif sur l’économie.

« La loi en politique, c’est d’attendre, explique l’analyste du discours du pétrole, Dominique Perron. De toute façon, les gouvernements ne peuvent pas vraiment agir. Ils peuvent seulement recadrer les évènements en disant : c’est comme ça, il faut s’incliner. »

Des raisons strictement économiques

Dès 2015, le baril passait à 43 $ sans jamais rebondir, scellant l’issue d’Énergie Est. La professeure à la retraite de l’Université de Calgary n’est pas surprise. « On peut voir ça strictement comme une décision d’affaires. Au prix actuel du pétrole, quel est l’intérêt de transporter un pétrole (des sables bitumineux) dont personne ne veut. Et quel était le marché visé exactement ? »

Dominique Perron rejette les arguments voulant qu’Énergie Est ait pu réduire la dépendance canadienne sur le pétrole de pays qui violent les droits de la personne, comme l’Algérie et le Nigeria. « C’est une autre hypocrisie, parce qu’on vend des armes autant qu’on peut à l’Arabie Saoudite. »

Le projet de 15,7 milliards n’était simplement pas rentable, selon elle, le Canada risquant de se retrouver avec un grand tuyau vide. « Dans l’histoire des pipelines au pays, il y en a beaucoup qui n’ont servi à rien. TransCanada a peut-être vu ce risque-là et soupçonné que Keystone XL devenait plus rentable, avec la montée de Donald Trump. Les gens sont assez fous pour lui faire confiance. »

En mars dernier, le président américain accordait à TransCanada la permission d’entamer le processus pour l’acheminement sur 1900 km du pétrole des sols albertains aux raffineries de la côte du Texas.

« Le pétrole se vend toujours dans l’urgence, souligne l’analyste. Ça sera plus rapide de faire Keystone XL qu’Énergie Est. C’est un projet plus sûr et un peu moins problématique qui mobilise moins de capitaux. Il n’y a pas de logique politique, ce sont des raisons économiques. »

Pour Dominique Perron, la fin de ce projet devrait faire réfléchir l’Alberta sur des réalités plus immédiates. « C’est une autre invitation à songer de sortir du pétrole au plus vite au lieu d’en faire encore la base de leur économie. Mais va donc dire ça aux Albertains ! »

En lisant la presse de Calgary, elle a constaté un profond ressentiment chez eux. « Les Albertains se sentent dans une complète impuissance. On est arrivés dans une époque où même les États n’ont aucun pouvoir sur les forces du marché. »