Un « résistant de la francophonie » en Alberta !

13 octobre 2017

(Le Franco)

Zachary Richard était de passage en Alberta à l’occasion du Congrès annuel de la francophonie albertaine 2017 vendredi 13 octobre. Le chanteur, auteur et compositeur de renommée mondiale a offert une prestation après le banquet, donnant aux spectateurs un aperçu de quelques-uns de ses nouveaux titres ainsi qu’une interprétation de ses plus grands succès. Outre sa musique, Zachary Richard est aussi un acteur majeur de la défense de la francophonie en Amérique du Nord. Né en Louisiane, il milite depuis toujours pour faire du français une langue vibrante. Entretien avec un artiste engagé.

Le Franco : À quand remonte la dernière fois où vous êtes monté sur scène en Alberta ? Et qu’est-ce qui vous amène cette année ?

Zachary Richard : Ma dernière fois en Alberta, c’était il y a environ 3-4 ans. Je viens pour la convention de l’ACFA. Je vais chanter mon nouvel album, Gombo, en partie, et d’autres chansons plus connues.

LF : Que ressentez-vous chaque fois que vous venez ici ? Comment voyez-vous l’Alberta ?

ZR : Je suis toujours très impressionné par ces communautés francophones à travers l’Amérique du Nord qui se battent pour leur identité. Je vis en milieu minoritaire moi aussi en Louisiane. C’est assez touchant pour moi. Je suis solidaire et j’espère pouvoir encourager les gens. Toutes ces communautés ont une place très spéciale dans la constellation de la francophonie nord-américaine. Dans ma communauté en Louisiane, ce sont les mêmes défis qu’ici en Alberta. Je me sens donc chez moi en quelque sorte. Et j’habite moi aussi dans la prairie !

LF : Qu’est-ce qui vous interpelle le plus en Alberta ?

ZR : L’existence de la communauté. Je sens une grande solidarité. C’est une situation semblable partout en Amérique du Nord : nous faisons face à l’assimilation. Il y a une volonté de préserver, de faire la promotion de l’identité francophone. Ça fait bientôt 10 ans que je travaille avec le Conseil de la francophonie des Amériques dont la mission est de promouvoir la langue française dans les Amériques. Grâce à cette collaboration, j’ai été amené en Alberta et dans les communautés éloignées en milieu minoritaire. Je sens partout la même volonté et la même passion pour l’épanouissement de cet héritage.

LF : Quel regard portez-vous sur la récente annonce de politique de services en français en Alberta ?

ZR : C’est un droit tout à fait légitime, qui est protégé par la Constitution, chose que nous n’avons pas aux États-Unis. Mais même si c’est un droit, il faut souvent s’engager pour le protéger. Je suis de tout cœur avec ces batailles linguistiques. En Louisiane, la question linguistique n’est pas politique mais seulement culturelle. Il n’y a pas la même sorte de revendication.

LF : Quelle est la situation du français dans votre Louisiane natale ?

ZR : La langue française va mieux qu’avant. Il y a une reconnaissance de sa valeur sociale et économique. Michaëlle Jean (ndlr : actuelle secrétaire générale de la Francophonie) a raison de dire que le français passe par l’économie, surtout dans le tourisme pour la Louisiane. La notion d’infériorité a disparu et la nouvelle génération est lettrée. Il y a d’autres poches de francophones aux États-Unis, dans le Maine, le New Hampshire, à New York, à Los Angeles avec beaucoup d’Haïtiens et de Français.

LF : Certains disent que vous êtes « le plus français des Américains » et d’autres « le plus américain des Français ». Qu’en pensez-vous ?

ZR : C’est charmant comme formule. J’assume mon identité. Je viens de lancer mon 21e album qui est pour la première fois complètement bilingue. C’est un reflet de ma réalité. Je suis très à l’aise avec ça. Être bilingue favorise la sociabilité et la réussite scolaire chez les jeunes. L’image de la francophonie doit être une image d’ouverture.

LF : Vous avez déclaré être « un résistant francophone ». Qu’est-ce que vous avez voulu dire ?

ZR : Parler français en Amérique du Nord est un acte de résistance. On est menacés de toutes parts par l’assimilation. C’est quelque chose qui m’interpelle. Je n’aime pas qu’on me dicte quoi faire et qu’on me marche sur les orteils. Par rapport à la Louisiane, le 19e et la moitié du 20e siècle ont été distingués par le mépris que portaient les Anglo-Américains pour la langue française. Le français était associé à l’ignorance et la pauvreté. Maintenant c’est fini, mais il y a eu un aspect de révolte car nous avons été réduits à une deuxième zone tout simplement parce qu’on parlait français. Il faut résister à cette notion qui veut faire croire que la langue et la culture françaises ne sont pas aussi valables que la culture anglaise.

LF : Quels sont vos combats aujourd’hui ?

ZR : C’est toujours le même combat ! La menace n’a pas disparu. On le voit en Louisiane dans les conseils scolaires : quand les programmes d’immersion marchent, les fonctionnaires du gouvernement ne sont jamais loin pour dire que ça coûte trop cher. Il faut veiller à la bonne continuation de cette culture que nous partageons tous. Nos isolements sont brisables avec l’Internet et la musique. On doit tisser des liens. On peut s’aider car on fait face aux mêmes défis.

LF : Un message pour les Franco-Albertains ? ZR : Lâchez pas la patate !