À la retraite

24 octobre 2017

Richard Landry (Le Courrier)

« Nous [Acadiens] ne sommes pas en situation minoritaire, nous faisons plutôt partie d’une dualité linguistique chez nous », estime Elaine Thimot qui prend sa retraite après plus de 13 ans à la direction générale de la Société acadienne de Clare (SAC). « Nous ne sommes pas minoritaires et nous voulons devenir égaux avec nos concitoyens dans la province et au pays. »

Directrice générale de la SAC depuis 2004, elle prend sa retraite le 31 octobre. Elle a su diriger de nombreux projets visant la préservation de la langue et de la culture acadiennes dans sa région natale. Elle est remplacée par Natalie Robichaud le 6 novembre.

Avant d’entreprendre son poste à la direction générale de la SAC il y a plus de 13 ans, Elaine était très dévouée à l’égard des activités de promotion de la cause acadienne en Clare en plus d’être entrepreneure. Comme elle tirera bientôt sa révérence, elle tient à souligner l’importante collaboration des nombreux membres de la SAC qui, selon elle, ont aidé à faciliter le travail en Clare. Elle a remplacé Richard Landry qui a occupé le poste pendant un an et demi.

Dans ses premiers projets dès 2004, il y a eu l’installation d’affiches en français dans les entreprises et organismes de la région et l’organisation des activités du Congrès mondial acadien en Clare. La région était bien représentée lors du Congrès par ses manifestations uniques faisant la promotion de l’Acadie et par l’accueil des Acadiens de partout au monde.

La directrice générale sortante estime qu’il y a eu en moyenne sept à huit projets par année visant le développement des Acadiens de la région. Parmi les plus gros, il y avait le projet des albums musicaux Bête montés avec les élèves de l’École secondaire de Clare grâce à la collaboration de Lester Doucet, Bruce Boudreau et Paul Lombard. De nombreux ateliers ont été offerts aux jeunes musiciens en herbe avec des artistes reconnus comme Kenneth Saulnier, Daniel LeBlanc, Radio Radio, Blou, Joseph Edgar, entre autres. Les jeunes ont pu participer à des échanges avec des jeunes du Québec grâce à des projets du gouvernement du Québec. Plusieurs jeunes ont poursuivi des études et une carrière en musique, notamment le groupe Cy, Nick Boudreau, Normand Pothier, Melissa Comeau, Nathan Hach, Jonah Guimond et d’autres. Certains sont même allés aussi loin qu’en Louisiane. « J’étais comme leur deuxième mère », dit Elaine.

Parmi les projets qu’elle a dirigés au fil de ses années au service de la SAC, il y a eu notamment celui de la reconstruction du camp de la CJA grâce à deux projets d’Environnement Canada. Cette contribution au projet de la CJA a permis de faire avancer la volonté des gens envers ce projet qui a été remplacé par les yourtes à Pointe-de-l’Église.

Il y a eu aussi le Festival Ingénu permettant de monter une pièce de théâtre avec des jeunes élèves de la classe de Nancy Deveau de l’École secondaire, un projet de deux ans avec le comédien Ryan Doucet. Aussi, pendant quatre mois, une fois par semaine, il y avait une soirée d’art avec des jeunes et des adultes, soirée animée par les artistes June Deveau et Claude Chaloux et une exposition de trois mois suivant un vernissage à la Galerie Père Léger Comeau.

Grâce à son apport, le Festival de la parole qui a duré onze ans a introduit le conte dans la région et dans les écoles du Sud-Ouest. « C’était vraiment un festival international. On a eu des contacts incroyables avec des francophones du Québec, de France, d’Afrique et d’ailleurs qui sont venus ici. Tout ça a permis de mettre la Baie Sainte-Marie sur la mappe. On a pu partager l’histoire acadienne auprès de divers sites en France et ici en Nouvelle-Écosse. Le Festival a reçu deux grands prix, soit celui d’Acadie-Québec et le Prix Éloize. Ça s’est poursuivi avec la Maison bouche rouverte. Après onze ans, le Festival a pris fin en 2015 parce que les bénévoles étaient devenus fatigués », selon elle. Il y a maintenant deux activités du genre par année, lors de la Journée internationale du conte le 20 mars et une autre pendant le Festival acadien de Clare.

La SAC travaille surtout avec les groupes locaux, dont la Société Madeleine-LeBlanc qui regroupe les femmes acadiennes de la région. On a célébré en 2016 le 100e anniversaire du droit de vote des femmes au Canada. Cette année, il y a, grâce à la collaboration d’Elaine, le projet de l’histoire de 150 femmes inspirantes de Clare dans le cadre du 150e anniversaire du Canada. On veut aussi ajouter 100 autres histoires pour l’an prochain dans le cadre du 250e anniversaire de la municipalité de Clare.

Deux monuments ont été érigés dans la région avec l’aide d’Elaine Thimot et de la Société acadienne de Clare. Il y a eu le monument de l’Odyssée acadienne installé à l’Université avec la collaboration de la Société nationale de l’Acadie dans le cadre du 125e anniversaire de l’Université Sainte-Anne. Il y aura aussi prochainement l’installation du monument pour souligner les personnes noyées en mer au Cap Sainte-Marie. « Tout le monde en parlait, mais personne ne voulait le faire. La SAC a donc décidé d’embarquer dans le projet et a travaillé avec Marc Lavoie du Centre acadien, Marcelle Comeau qui a fait des recherches et deux jeunes embauchés pour des projets d’été afin de trouver les noms des personnes perdues en mer, en plus du travail d’un comité ad hoc établi par la SAC composé de pêcheurs, de la Société historique de Clare, des Chevaliers de Colomb, des citoyens de la région et de la municipalité. Une liste de plus de 100 noms a été dressée et figurera sur le monument qui sera préparé par Heritage Monuments et Marc Graff, grâce au travail préliminaire de la SAC.

Sous sa direction, la SAC a contribué à plusieurs projets avec le Conseil des arts de la Baie en organisant des journées de formation pour des artistes et en trouvant de l’argent pour verser des honoraires aux animateurs, avec la présentation de films acadiens. La collaboration avec les Productions le Moulin et des groupes locaux a permis d’organiser plusieurs spectacles en français. Les projets d’été ont aussi permis d’embaucher des jeunes, ce qui encourage ces derniers à développer leur goût de vivre en français. Les nombreux projets de la SAC depuis 2004 ont permis à une quarantaine de personnes de travailler dans plusieurs activités de la SAC.

La Société acadienne de Clare a beaucoup travaillé avec les organisateurs du grand évènement Grand-Pré 2017. La marche du tintamarre a été grandement appréciée de tous. La SAC collabore aussi avec le Festival acadien de Clare pour son activité annuelle. Il y a eu notamment trois projets qui ont permis la fabrication des Grosses têtes (en papier mâché) qui sont en vedette au Festival et ailleurs. Il y a présentement un projet auprès de la Gendarmerie royale du Canada pour obtenir des services en français, surtout dans la municipalité, mais aussi sur la Route 101 de Yarmouth à Halifax. La SAC était aussi beaucoup impliquée dans le processus de maintenir les circonscriptions acadiennes dans la province.

« Mon expérience a été intéressante, et nous avons connu des défis pour faire la promotion de la culture acadienne. J’ai beaucoup apprécié la collaboration des groupes de la région pour faire avancer nos projets. La première mission de la SAC est de sauvegarder et de faire avancer la culture acadienne dans la région. On travaille avec les gens et les associations (jeunes, femmes, aînés, tourisme, écoles, CDÉNÉ, Conseil des arts, centres préscolaires et autres). En travaillant avec tous ces groupes, on empêche le dédoublement. J’ai beaucoup aimé créer des partenariats avec ces groupes pour faire avancer les choses plus vite parce qu’on travaille ensemble. C’est intéressant quand la communauté est intéressée. C’est une bonne visibilité pour la SAC dans la communauté qui apprécie de plus en plus ce qu’on fait », a-elle-poursuivi. Elle tient à remercier surtout les Affaires acadiennes de la province et le ministère du Patrimoine canadien pour l’appui financier dans l’accomplissement des nombreux projets sous sa tutelle au fil des ans.

Quant à ses plans pour l’avenir, Elaine Thimot prévoit ralentir, mais aussi aider Natalie Robichaud qui va la remplacer. On continuera de voir Elaine partout dans les activités locales. « Je vais travailler avec le Centre acadien et la Société historique dans le but de sauver la langue, la culture et le patrimoine acadiens, a-t-elle dit. Je m’inquiète et je suis déçue quand même de voir comment l’assimilation fait des ravages dans la région. Les services d’EMO et du Transport de Clare, par exemple, sont tous en anglais. On ne s’en aperçoit pas toujours, mais beaucoup se fait en anglais. »

Elle note de plus que la division dans la région entre le français dit standard et l’acajonne soit une forme d’assimilation. « Même dans les écoles, les jeunes apprennent en français, mais ils parlent surtout en anglais dans la communauté. Il faut changer l’image et ne pas se voir comme faisant partie d’une minorité, mais plutôt comme faisant partie d’une dualité linguistique. Il faut demander à être servis en français en Nouvelle-Écosse », conclut Elaine Thimot.