La visite d’un personnage inspirant

6 novembre 2017

Au courant de la semaine dernière, la ville de Hearst a eu l’honneur d’accueillir Gregory Charles. Celui-ci a offert une conférence jeudi soir à l’Université et un concert vendredi soir à la Place des Arts. Pendant son passage à Hearst, il a aussi été invité à donner une conférence aux jeunes de l’École secondaire catholique de Hearst le vendredi matin. Suite à cela, Gregory Charles (GC) nous a accordé une entrevue.

LN : Comment avez-vous su, lorsque vous étiez jeune, quel métier vous vouliez faire?

GC : C’est une vraiment bonne question, car je ne le savais pas ce que je voulais faire. Tout ce que je savais, c’est que les domaines dans lesquels j’avais du talent ou de l’habileté, il fallait que je donne mon maximum. C’est fou, car pendant l’adolescence, c’est ça qu’il manque, il n’y a pas de clarté sur qu’est-ce qu’on veut faire. Je faisais de la radio étudiante, de la musique pour l’école, et pour moi-même, je faisais vraiment beaucoup de musique et de sports, et j’étudiais beaucoup. Tout ce que je me souviens de l’adolescence, c’est d’avoir travaillé fort, sans savoir exactement ce que j’allais faire, et honnêtement, j’ai envie de te dire que je ne le sais pas trop maintenant non plus, mais j’aime beaucoup les projets. Ce que je me rends contre, cependant, c’est que tout ce que j’ai fait était utile. J’ai étudié en droit pour être avocat, et c’est utile aujourd’hui, car je dirige une entreprise et c’est important. J’ai étudié plein de langues quand j’étais jeune et ça m’a été utile parce que j’ai voyagé beaucoup, et j’ai eu à faire des spectacles à l’étranger. J’ai étudié la musique et ça m’a été utile de plein de façons, comme artiste, car je fais ça dans la vie, et comme professeur. J’ai beaucoup aimé la littérature quand j’étais jeune et c’est utile, car j’ai écrit un livre et il y en a un deuxième qui va sortir bientôt. Finalement, tout ce qu’on fait fnit par avoir une utilité, même les sports, les loisirs. Parfois je regrette d’être nul dans certains domaines que je n’ai pas exercés davantage, comme l’art plastique, et la nage parce que j’ai peur de l’eau. Bref, tout ce qu’on n’essaye pas à réussir est un échec; même si t’échoues, ce n’est pas un échec, t’as au moins fait une tentative.

LN : Qu’est-ce que vous appréciez le plus de votre carrière?

GC : C’est sûr que moi, c’est de travailler avec les jeunes qui m’intéresse le plus, parce que ça me rend heureux et me fait sourire de voir des «kid» réussir, surtout à l’adolescence. C’est rare que les parents disent des choses comme celles-là, mais j’ai vraiment hâte que ma fille soit rendue à l’adolescence.

LN : Quel est le plus beau moment que vous avez vécu durant votre carrière?

GC : C’est drôle, mais les plus beaux moments ce ne sont pas des moments de carrière, c’est vraiment des moments collectifs. Je me rappelle de la joie incommensurable que j’ai vécue quand je suis allé en Chine avec ma chorale et on a gagné le concours, et en Italie, et en Malaisie. Je me rappelle de ce moment-là comme vraiment mes plus grands moments. Je me suis cassé le bras il y a environ dix ans, et je me rappelle aussi du spectacle suivant. C’était incroyable, il y avait 16 000 personnes. C’est incroyable quand tu sens qu’il y a plein de gens qui veulent que tu réussisses. C’est pour ça que c’est important de vouloir faire partie de l’équipe de réussite des autres, parce qu’il n’y a rien de plus «cool» que de penser que les gens te veulent du bien, ça fait pleurer.

LN : Qu’est-ce que vous pensez de la génération actuelle des jeunes?

GC : Pas mal la même chose que je pensais de ma gang à moi quand j’étais jeune, mais dans un contexte différent. Moi, quand j’étais jeune, les gens n’avaient pas de thermopompe dans leur maison, tout le monde n’avait pas sa propre chambre, personne n’avait trois ou quatre voitures, on n’avait pas d’ordinateur, pas de téléphone portable. Ça veut dire que lorsqu’on devait faire un projet, on pouvait passer trois heures à la bibliothèque pour cerner un sujet, et maintenant, tu vas sur Google et toutes les réponses sont là. Cela fait donc que les jeunes sont un petit peu moins patients, que ma gang à moi, car ils sont habitués d’avoir tout et vite, mais à part de ça, je pense que c’est la même chose, ils veulent tous se réaliser, il faut leur donner l’occasion de réussir.

LN : Est-ce que vous pensez que tout le monde a la capacité de bien chanter?

GC : Non! Je ne pense pas que tout le monde a la capacité de BIEN chanter, mais tout le monde a la capacité de chanter, c’est surtout ça qui est important. Bien chanter, c’est comme demander si tout le monde a la capacité de «dunker» un ballon au basketball. Toi et moi je crois qu’on est trop petits, c’est plus pour les gens qui mesurent six pieds et cinq. Mais ce n’est pas la fn de notre vie parce qu’on n’a pas cette capacité-là, on peut quand même jouer au basketball, et c’est la même chose pour chanter.

LN : Quel est votre plus beau projet en ce moment?

GC : Il y en a plein, mais je dirais que mon plus beau projet en ce moment c’est mon académie en ligne. Ma mère m’a enseigné la musique d’une façon très particulière, et moi, quand ma mère est décédée, je me suis dit que j’allais m’arranger pour que sa méthode continue. Donc, j’ai démarré une académie en ligne et en ce moment, j’ai 2 177 étudiants, et plus de 600 autres qui attendent. Il y a des étudiants de partout : Ontario, Nouveau Brunswick et même de la Belgique. Il y a une étudiante dans l’académie pour le piano de 91 ans qui, après toutes ces années de s’être occupée des autres, a décidé que maintenant, sa vie c’est le piano. C’est fabuleux, c’est un super beau projet, c’est extraordinaire cette académie, car il y a plein d’instruments et c’est dix minutes par jour que tu peux écouter quand tu le veux.

LN : En terminant, comment avez-vous aimé votre passage à Hearst?

GC : Ha! J’ai animé une émission de radio pendant des années, les fins de semaine, et chaque semaine, je mentionnais Hearst. Je disais « Bonjour tout le monde, même vous à Hearst ». Je parlais toujours de la ville de Hearst et il y a des gens qui pensaient que je riais de Hearst, car c’était petit et loin, mais moi je viens d’un village qui est infiniment plus petit que Hearst, donc c’est très drôle de venir ici après ça. J’étais déjà venu à Hearst d’ailleurs, mais maintenant, à cause de ce que je fais, c’est comme si tout était un gros gros village, et les gens, les profs ici c’est des gens de mon âge, qui m’ont vu à la télé et qui ont vu ce que j’ai fait, je me sens chez nous, chez vous, à Hearst.

Par Émily Thibodeau