Côté cour, on lui doit le tout récent Projet 200 à Saint-Boniface. Côté jardin, on l’a vue l’automne dernier à Toronto dans Le dire de Di de Michel Ouellette. Plus que jamais, Marie-Ève Fontaine s’approprie le théâtre francophone qui sort des sentiers battus.

2018 marque le 200e anniversaire de l’Université de Saint-Boniface (USB) et plus largement de l’éducation en français au Manitoba. Les historiens s’entendent pour dire que tout a commencé grâce à la ténacité de l’abbé Norbert Provencher, arrivé sur les bords la rivière Rouge en 1818.

C’est pour souligner cet événement important de l’histoire franco-manitobaine que l’USB a demandé à la comédienne, auteure et metteure en scène Marie-Ève Fontaine de mettre sur les planches ce qui allait devenir le Projet 200. Montée avec le soutien de la troupe universitaire Les Chiens de soleil, la création collective Projet 200 a réuni plus d’une vingtaine de personnes qui s’occupaient non seulement de la technique, mais qui interprétaient aussi une centaine de personnages réunis dans une quinzaine de tableaux relatant en images, en musique et aussi avec humour l’odyssée de l’éducation en français au Manitoba.

« C’était en majorité des étudiants. Mais on a aussi eu quelques membres de la communauté et même des gens qui étaient en immersion! On a aussi été bien épaulé par des gens qui connaissaient bien l’histoire et qui remplissaient ainsi les trous » que pouvaient avoir les participants de la pièce.

Parmi les 16 comédiens du spectacle, Marie-Ève Fontaine dit très fièrement que cinq étudiants internationaux étaient aussi de la distribution, symbole de l’ouverture franco-manitobaine sur le monde. Fin mars, le public a répondu présent à la salle Martial-Caron de l’USB. Projet 200 a même été capté en images par Manito Média et fera partie d’un documentaire portant sur les 200 ans de l’USB à être éventuellement diffusé à Radio-Canada.

Comment la Bonifacienne de naissance a-t-elle abouti dans cette galère? C’est qu’en 2016, Mme Fontaine avait conçu, écrit et mis en scène La Création, avec, encore une fois, Les Chiens de soleil. Cet autre projet proposait alors à des participants un laboratoire sur le jeu de l’acteur et sur le travail de création. Comme la chose s’était bien déroulée, l’USB a récidivé avec celle qui remportait en 2016 le Prix Roland Mahé-Banque Nationale, remis par la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada.

Regard aiguisé sur sa profession

En entrevue, Marie-Ève Fontaine transmet sa passion du théâtre. Puisque c’était impossible au Manitoba, elle a dû déménager à Ottawa pour suivre sa formation théâtrale en français. Elle reconnaît d’ailleurs que dans sa province natale, c’est plus difficile de gagner sa vie à travers le théâtre francophone. Il y a bien le Cercle Molière, la plus ancienne compagnie de théâtre en français du Canada, mais selon la metteure en scène, les comédiens de cette troupe n’ont pas tous nécessairement une formation en théâtre. Et elle veut démontrer qu’on peut être diplômé et gagner sa vie en pratiquant son art. C’est pour ça qu’elle habite dans l’Est, comme elle dit, où les possibilités de se nourrir artistiquement sont plus nombreuses.

Elle qui a joué l’an dernier dans Dehors de l’auteur fransaskois Gilles Poulin-Denis au Centre Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal, souhaite-t-elle être plus présente sur la scène québécoise? Pas nécessairement. « Il y a tellement de comédiens au Québec… » Même si elle a aimé son expérience, elle sait que certains artistes hors Québec doivent encore et toujours faire fi du regard porté sur leur accent. « On doit sortir de notre complexe d’infériorité. Faut pas se laisser happer par ça. » Les premiers mois de 2018 l’auront vue être propulsée seule sur scène, tant à Toronto qu’à Ottawa, dans Le dire de Di de Michel Ouellette. Saluée par la critique, la pièce aborde sous la forme d’un conte ou d’une fable l’histoire d’une jeune fille dont la famille est aux prises avec l’expropriation et la déforestation en raison de la présence d’une compagnie minière. Une présence qui chamboulera tant le paysage nord-ontarien que les gens.

La suite de l’année s’annonce tout aussi passionnante pour Marie-Ève Fontaine. Au téléphone, elle confie à Francopresse qu’elle travaille sur un autre projet de théâtre communautaire. Celui-ci portera sur un échange épistolaire entre l’ancien dictateur panaméen Manuel Antonio Noriega Moreno et une adolescente américaine au moment où il était traqué par la CIA après avoir été longtemps ami de la Maison-Blanche dans les années 1980. Quand le théâtre expérimental, la création théâtrale et l’engagement sur une scène sont au rendez-vous… il y a fort à parier que Marie-Ève Fontaine ne soit pas très loin dans les coulisses!