Au moment du déclenchement des élections ontariennes, le parti progressiste-conservateur de l’Ontario domine nettement dans les intentions de vote. Malgré les récents scandales du départ de Patrick Brown et du choix de Doug Ford, qui rappelle à plusieurs l’Américain Donald Trump, la rage contre les libéraux de Kathleen Wynne semble avoir scellé l’issue du vote du 7 juin.

« Il y a quatre mois, quand Patrick Brown était chef, tout allait bien pour le PC qui était déjà en avance, rappelle le directeur de l’information du journal Le Voyageur (Sudbury), Julien Cayouette. Ce qui est étonnant, c’est qu’avec Doug Ford, très comparé à Trump, les conservateurs restent en avance.

« La colère est grande contre les libéraux dans le Sud et l’Est, estime le journaliste, et peut-être moins dans le Nord. Mais à cause des tarifs d’électricité de Hydro One, tout le monde se tourne contre le rabais accordé par (la première ministre) Wynne. C’est un pansement sur une plaie grande ouverte. »

On peut encore avoir des surprises, estime la politicologue Geneviève Tellier, de l’Université d’Ottawa. « On avait dit que les jeux étaient faits lors des dernières élections, on l’avait aussi dit au fédéral. Mais une campagne électorale, ça peut changer la dynamique en quelques semaines. »

Les conservateurs au sommet des sondages auraient le plus à perdre, suggère la professeure. « Où vont aller les appuis? Ça peut autant profiter aux libéraux qu’aux néo-démocrates. Par contre, on est dans un mode du changement et les gens sont tannés d’avoir les libéraux au pouvoir (depuis 2003). Ça risque d’avantager le NPD, surtout que les deux partis se ressemblent beaucoup. »

Entre les dépenses libérales et les coupures conservatrices

Le Nord ontarien serait un terrain fertile pour les troupes néo-démocrates. Selon Julien Cayouette, ces régions sont largement ignorées par les partis politiques. Et la cheffe du NPD, Andrea Horwath, a comblé le vide en lançant une plateforme en six points pour le Nord.

À Sudbury, « ça fait longtemps que le parti est implanté dans la région avec (la députée) France Gélinas. Tout le monde l’aime et le compté de Nickel Belt est un château fort du NPD. La plateforme sert surtout à garder les acquis du parti dans le Nord. Mais pas dans les autres régions. »

Le journaliste rappelle que les Ontariens ont été échaudés par les excès d’anciens premiers ministres. « Il y a encore des stigmates du néo-démocrate Bob Rae (1990-1995) et du conservateur Mike Harris (1995-2002). » Les deux ont été chassés, le premier par ses dépenses et le second par ses coupures. « Ford parle de faire les mêmes coupures. »

Geneviève Tellier le croyait aussi jusqu’au débat télévisé du 7 mai. « Doug Ford a parlé de rigueur budgétaire, mais il est très prudent quand il s’agit de couper. Il a di qu’il allait trouver des économies et couper 4 % du budget sans toucher les programmes. Il a annoncé cinq milliards de plus dans le transport - on dépense plus, là. »

La professeure anticipe des échanges vigoureux sur l’économie, mentionnant que les libéraux et néo-démocrates ont une plateforme budgétaire alors que les conservateurs sont moins avancés.

Et en francophonie? Le rédacteur en chef du Voyageur considère que l’appui aux francophones tant vanté par les libéraux s’est souvent limité au domaine symbolique : les excuses pour le Règlement 17, la reconnaissance de l’hymne officiel Notre Place et un monument à Queen’s Park.

Appui symbolique de Wynne et je-m’en-foutisme de Ford Des annonces majeures, comme la création de l’Université de l’Ontario français et le lancement récent du Centre de santé francophone de Timmins, auraient généré une certaine grogne dans le Nord ontarien. « Beaucoup de gens sont mécontents que l’Université soit limitée à Toronto, signale-t-il. Le Centre de santé, on essaie de l’avoir depuis 28 ans et ça va rester dans les limbes. » Quant à Doug Ford, on sait à quoi s’en tenir sur la francophonie. « Il a l’air de s’en foutre un peu », conclut Julien Cayouette. Lors de son élection à la chefferie, il aurait confondu les Franco-Ontariens et les Québécois. Et le PC a supprimé sa page Web en français.

S’il était élu, Doug Ford serait un obstacle aux initiatives des libéraux d’Ottawa, soutient Geneviève Tellier, notamment par son opposition à la taxe sur le carbone et au marché d’échanges sur les émissions de GES. « Il a dit qu’il se battrait contre Justin Trudeau et pas juste sur les questions environnementales. Ça allait plutôt bien pour le premier ministre parce que plusieurs provinces voulaient travailler avec lui. Ça risque d’être moins facile. Il y a déjà le Manitoba qui lui résiste. « Trudeau a besoin des provinces pour mettre en place ses politiques, résume-t-elle. Dans un an, ce ne sera pas la même chose. » Des élections auront également lieu au Québec (2018) et en Alberta (2019) qui risquent de changer la donne.

PHOTO Une capture d’écran du leader Doug Ford du Ontario PC Party pendant la course à la chefferie de mars dernier.