La tournée continue. Cette fois, nous avons été chez Carmen Trudel (CT) pour la jasette de circonstance. Elle a 90 ans depuis le 1er janvier. Nous avons passé un bon moment à revisiter son « d’antan longtemps », comme on dit chez moi en Haïti.

LN : Êtes-vous native de Hearst ?
CT : Non, je viens de Québec. Toute ma famille est née à Québec.
LN : Vous aviez quel âge à votre arrivée ici ?
CT : J’avais 16 ans et demi. Ma mère Antoinette c’est la plus vieille de Noé Fontaine, le grand-père à Sylvie, et mon père s’appelait Joseph Lavoie. J’ai commencé le High School avec une journée de retard, mais j’ai fini par apprendre un peu d’anglais. Y en a qui m’appelaient « frenchie » et d’autres « blondie ». Le monsieur qui enseignait le français utilisait la même grammaire que j’avais au Québec. Il me donnait des commissions à faire, des lettres à remettre à son amie de cœur ! Après l’école, j’ai resté à la maison parce que ma mère commençait à se sentir fatiguée, deux de mes sœurs étant déjà parties se faire religieuses. Nous étions dix à la maison, mais ma mère a eu 14 grossesses, avec trois couples de jumeaux.
LN : Vous vous êtes mariée à quel âge ?
CT : J’avais 19 ans et demi. La demie c’est important, là. J’ai trois enfants qui ne sont pas à Hearst. Ils ont chacun leurs particularités. Ma fille a des jumeaux et j’ai aussi deux arrière-petits-enfants.
LN : Vous avez eu un magasin dans le temps, Au Caprice ?
CT : Oui, oui, en 1961. Je savais que je n’étais plus pour avoir d’enfants, j’étais proche d’une école, c’était pas compliqué. Mais je ne pensais pas que j’aurais été occupée. Je me suis trompée. Je faisais de la couture, des tabliers, la broderie et la peinture.
LN : Vous avez appris la peinture où ?
CT : Oh ici à Hearst, avec Léa (England). Il y avait un deuxième cours, j’avais donné mon nom, mais je n’ai pas pu y aller, j’étais trop occupée au magasin. Les enfants ont chacun un tableau et ici j’en ai deux. Mon mari aimait tout ce que je faisais, n’importe quoi.
LN : Quels beaux souvenirs avez-vous gardés ?
CT : Oh… le lac près de chez nous, à Québec, c’était très très beau. J’ai une photo et j’ai fait faire un tableau de la photo du lac. C’est dans la ville de Pohénégamook. Ici à Hearst, j’ai aimé le beau petit ruisseau qu’on avait tout près, de l’autre côté des arbres, le ruisseau à Giroux qu’on l’appelait.
LN : Qu’est-ce que vous aimiez faire ?
CT : Les choses manuelles, oui, j’aimais ça, là. Je pense que je suis pas mal rêveuse. Je rêvais de choses que j’aurais pu faire, comme enseigner. J’aimais aussi la photo, ça faisait une autre occupation. Quand j’étais au Caprice, je prenais toujours des photos de jumeaux. La nouvelle propriétaire, c’est la 5e, elle est une jumelle identique.
LN : Il y a quelque chose que vous auriez aimé partager avec les jeunes ?
CT : Il faut avoir l’espérance. Et si on rêve de quelque chose, il faut aller jusqu’au bout ! Il y a bien du monde qui ont vécu sans développer leurs talents.
LN : Merci beaucoup !