En moins de cinquante ans, les francophones en Ontario sont passés de collectivité canadienne-française à communauté franco-ontarienne multiculturelle et pluri-sexuelle. Tel est le constat d’un groupe de discussion organisé par FrancoQueer.

Le 16 janvier, FrancoQueer tenait un forum virtuel sur ce qui caractérise la communauté franco-ontarienne et sur les défis à relever en 2021. La rencontre était coanimée par la travailleuse sociale Marie Claude Mombeuil-Belroche et le coordonnateur de l’engagement communautaire chez cet organisme torontois, Mathieu Young.

Chronologie

Au fil des ans, les francophones ont porté divers noms au Canada. Au XVIIIe siècle, ils étaient des Canadiens, puis des Canadiens français au XIXe siècle. Lors des États généraux du Canada français (1966-1969), les Canadiens français du Québec ont choisi de s’appeler Québécois, ce qui a entraîné de nouveaux vocables pour leurs voisins : Franco-Ontariens, Franco-Manitobains, Fransaskois, etc.

Mathieu Young a présenté quelques faits saillants récents de la chronologie franco-ontarienne, notamment la Loi sur les services en français (1986), la création du Commissariat aux services en français (2007), la Journée des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes (2010), ainsi que l’adoption du drapeau franco-ontarien comme emblème officiel de la province (2020).

Diversité régionale

Dyane Ménard, de l’Est ontarien, rappelle que les Franco-Ontariens partagent une culture traditionnelle avec le Québec, mais que « cette culture est maintenant plus diversifiée ». Gilles Marchildon, du Collège Boréal, abonde dans le même sens. « J’ai vite remarqué que le Nord et le Sud ont de subtiles particularités », dit-il.

Originaire du Nord, Pierre Denis ajoute que « ce n’est pas pareil d’être francophone à Sudbury et à Ottawa, peut-être à cause de la proximité du Québec ».

À son arrivée en Ontario, Celia Neplaz ignorait complètement la présence de francophones dans cette province. Originaire de la Martinique, elle est d’abord passée par le Québec et a noté comment il est important de connaître l’histoire et la culture de son lieu d’adoption.

Discrimination à l’interne

Originaire de la Huronie, Gilles Marchildon est un militant francophone et gai. Il a toujours assumé son double statut minoritaire, notamment au niveau de la revendication de droits égaux. Un incident l’a bouleversé lorsqu’il est arrivé à Toronto, dans le Village gai situé près de la station de métro Wellesley.

À l’intersection des rues Church et Wellesley, note-t-il, une personne avait rayé le texte français sur une boîte à lettre de Postes Canada. « Je ne pensais pas que quelqu’un de la communauté queer pouvait être francophobe, qu’un membre d’une minorité pouvait en mépriser une autre. »

Quatre fois minoritaire

Francophone, lesbienne, handicapée et aînée, Dyane Ménard a fait remarquer que le milieu franco-ontarien est encore trop souvent dirigé par des hommes. Elle note aussi qu’il faut parfois « choisir nos batailles et la défense de la langue s’impose plus facilement que les droits d’une minorité compartimentée ».

Dyane Ménard reconnaît toutefois que certaines améliorations se font ressentir dans les grands centres, « mais en milieu rural, la partie est loin d’être gagnée ! »

Cofondateur de FrancoQueer en 2006, Jean-Rock Boutin a tenu à souligner comment l’organisme a toujours cherché à créer un pont entre la communauté francophone et la communauté queer. « Notre but a toujours été d’effectuer un rapprochement. On s’influence mutuellement, il y a maintenant une évolution vers un désir de partage », indique-t-il.

Zacharie Collins s’identifie comme trans et précise que les organismes francophones et les médias d’expression française en Ontario ont de la difficulté à adapter la langue pour inclure les personnes non binaires. Capture ecran - FrancoQueer.jpgCapture ecran 2 - FrancoQueer.jpg