JOURNAL DU 4 ET 11 FÉVRIER 2021 - Ernie Bies est né à Geraldton il y a 76 ans. Son père, Jan Bies, est venu au Canada en 1927 en provenance de la Tchécoslovaquie pour travailler dans l’Ouest comme ouvrier agricole. La Tchécoslovaquie est un ancien pays d’Europe centrale ayant existé de 1918 à 1992, puis dissout pour former la République tchèque et la Slovaquie.

En raison de la pauvreté de son nouveau pays, Jan, le plus vieux de la fratrie a déménagé au Canada et fut recruté par la compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique. Après avoir perdu son travail au début de la grande dépression, il a pris un train de marchandises vers l’Est. Jan dormait dans un wagon couvert dans la cour du CNR de Hearst en 1930 lorsqu’il a été chassé du train par le policier John Teggin. Errant en ville, il a entendu des gens parler slovaque. Ceux-ci l’ont informé de la nouvelle colonie slovaque appelée Bradlo à huit miles au sud de Hearst.

Jan a trouvé du travail au barrage hydroélectrique en construction dans le canyon Abitibi à Fraserdale. Avec l’argent gagné, il est retourné en Tchécoslovaquie et a épousé Anna Huckova en 1932, puis est revenu à Hearst où il a acheté une ferme. Son épouse l’a rejoint en 1933, avec leur fille Olga. Ils se sont essayés à l’agriculture, mais en raison de la courte saison de croissance, ils n’ont pas eu beaucoup de succès, alors Jan est parti travailler à Geraldton, retournant toujours à la ferme lorsqu’il n’y avait plus de travail. Quand les Bies sont revenus de Geraldton en 1946, ils avaient sept enfants, Ernie étant le plus jeune.

Ernie dit que son enfance a été solitaire. Dans les années 1950, presque toutes les familles slovaques avaient abandonné l’agriculture et étaient parties vers le sud. Il n’avait plus de compagnons de jeu. Il prenait l’autobus pour aller à l’école à Hearst où se trouvaient beaucoup d’amis, mais après l’école, Ernie retournait à la ferme et manquait donc toutes les activités de groupe, comme les sports, les films, les camps d’été, etc. Il n’y a pas eu d’électricité à la ferme avant 1956.

Finalement, en 1957, les Bies ont déménagé en ville et Ernie a pu participer aux activités. Un tout nouveau monde s’est ouvert à lui. Il est allé à l’école à Hearst de la 1re à la 12e année et a maintenu des contacts avec plusieurs de ses camarades de classe jusqu’à ce jour.

Ernie a quitté Hearst pour poursuivre son éducation et a suivi des cours de technologie civile au Ryerson Institute of Technology de Toronto et de génie civil à l’Université Carleton à Ottawa.

Sa rencontre avec sa future épouse a un lien avec Hearst. En 1965, quand il étudiait à Ryerson, Ernie est allé à une danse avec des camarades de classe et ils ont rencontré des jeunes filles de North Bay. L’une d’elles était Lois Weller, qui était assise derrière lui en 1re et 2e année à l’école publique de Hearst avant que sa famille déménage à North Bay! Invitées une fête le weekend suivant, les filles ont amené une autre amie de North Bay, Sandy Dethridge. Ce fut le coup de foudre ; Ernie et Sandy sont toujours ensemble 55 ans plus tard. Ils ont un fils, Stefan, qui vit près d’Ottawa et travaille en informatique.

Après Ryerson, Ernie a travaillé comme arpenteur-géomètre pendant plusieurs années pour le service des levés officiels au ministère des Mines et des Ressources énergétiques à Ottawa. Son travail portait principalement sur les réserves indiennes en Ontario et au Québec ainsi que les communautés inuites de l’Arctique. Il a visité de nombreuses collectivités de l’est de l’Arctique et de la vallée du Mackenzie. Après avoir obtenu son diplôme en génie civil, il a consacré toute sa carrière à des projets dans l’Arctique et chez les Premières Nations. Il était gestionnaire de projets pour le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien pour les routes du Nord, y compris les routes Dempster, Liard, Mackenzie et Klondike. En 1992, Ernie s’est joint à l’équipe d’infrastructures du Nunavut qui a participé à la planification, à la conception et à la mise en œuvre des installations supplémentaires requises pour le nouveau gouvernement du Nunavut qui a vu le jour en avril 1999. L’une de ses collègues était Judy Halme Tanguay de Mead, qu’il avait rencontrée pour la première fois dans un camp de l’Église en 1950. Deux jeunes enfants de la banlieue de Hearst qui ont participé à un projet ayant changé la carte du Canada. Ernie a pris sa retraite en 2001…

Quand j’ai demandé à Ernie s’il avait fait du bénévolat, il m’a dit avoir commencé vers 1950 avec sa mère qui préparait des friandises slovaques, et c’est lui qui allait les livrer à Noël aux vieux célibataires qui vivaient le long du chemin Bradlo. Il apportait également des cadeaux aux familles dans le besoin. À Ottawa, il a été un chef louveteau et s’est impliqué dans le softball et le hockey. Puis il a été membre du Clayton’s Kids Committee qui a coordonné l’organisation d’un livre sur les familles pionnières de l’école publique de Hearst, un livre de 400 pages contenant plus de 100 histoires de famille. Grâce à la vente de livres et à une rencontre à Hearst, il a été possible de faire un don de 30 000 $ à l’École publique Clayton Brown, utilisé envers différents programmes destinés aux jeunes.

Au cours de ses 50 ans et plus d’association avec les Premières Nations et l’Arctique, Ernie s’est fait de nombreux amis pour la vie. Il a développé un vif intérêt pour les cultures des premiers peuples du Canada et un amour pour leur art. D’ailleurs, il a toujours soutenu le Centre d’amitié Odawa et la Fondation d’art inuit par des dons et du travail bénévole.

J’ai demandé à Ernie de nous parler de son attachement pour Hearst. Il dit n’avoir jamais perdu son amour pour sa ville natale, même s’il l’a quittée en 1963. Il a toujours trouvé des raisons de revenir visiter, entretenant des amitiés avec des amis d’enfance. À Ottawa, il faisait partie d’un comité qui organisait une réunion annuelle appelée Hearst Ki Mouve. Certaines années, ils ont reçu 300 Hearstéens et Hearstéennes, avec des autobus de Hearst.

En 2014, la Ville de Hearst dévoilait le nouveau prix « Ambassadeur de l’année » au cours de sa Soirée des bénévoles annuelle et c’est Ernie qui l’a gagné. Ce prix est remis à une personne « fière de sa communauté, dévouée à lui rendre hommage et à célébrer son esprit ». Ernie se dit honoré d’avoir été choisi comme premier ambassadeur de Hearst. C’était un mandat de deux ans qui a été prolongé et il suppose qu’il est maintenant « ambassadeur émérite », car il exerce toujours les fonctions. Il a été choisi comme premier ambassadeur pour sa promotion continue de Hearst à Ottawa. Il obtenait des billets de hockey pour les gens de Hearst aux matchs de hockey des Sénateurs d’Ottawa, surtout lorsque Claude Giroux et les Flyers de Philadelphie jouaient. J’ai moi-même assisté à l’une de ces parties dans la loge de Ernie. Ernie a commencé à prendre des petits déjeuners avec des expatriés de Hearst comme Ray Morrissette et Terry West. Quand des gens de l’extérieur étaient en visite, Ernie organisait des déjeuners avec leurs anciens collègues. Cela s’est transformé en déjeuner deux fois par an, appelé Hearst Café, auxquels ont assisté jusqu’à 60 personnes. Lorsque Claude Giroux jouait au niveau Junior A à Gatineau, Ernie a organisé plusieurs visites de groupe aux matchs, notamment pendant les séries éliminatoires. Il a une liste de diffusion comportant plusieurs centaines de Hearstéens et Hearstéennes, ce qui lui permet de partager des nouvelles de Hearst, à la fois heureuses et tristes. Il a écrit de nombreux articles sur l’histoire de Hearst et de ses habitants qui ont été publiés dans des journaux et des magazines.

J’ai rencontré Ernie Bies il y a une dizaine d’années lorsqu’il était venu à plusieurs reprises à l’hôtel de ville de Hearst afin de fouiller dans les archives pour faire des recherches et éventuellement écrire l’histoire de Hearst. Il a trouvé que c’était une tâche irréalisable parce qu’il avait rassemblé beaucoup de matériel et ne voulait rien laisser de côté. Il a finalement abandonné. Au lieu de cela, il a écrit plusieurs nouvelles sur l’histoire, les évènements et les gens de Hearst qu’il pourra un jour compiler dans un livre. Ces textes portent notamment sur l’incendie de 1914 qui a anéanti la ville, le premier enseignant, le premier directeur de l’école publique de Hearst, le cimetière Riverside, les Hearst Lumberkings, le baseball à Hearst, le Royal Theatre en plus de présenter le profil de plusieurs personnes bien connues. Beaucoup de ces récits fournissent des détails sur les faits qui ont marqué le passé de Hearst et il dit en avoir beaucoup d’autres en préparation.

Quand j’ai finalement demandé à Ernie quel était le secret de sa longévité, il a répondu que c’est, sans aucun doute, sa femme qui depuis 50 ans veille sur sa santé physique et mentale. Ils apprécient leur chalet au lac Golden depuis plus de 30 ans et cela les a gardés actifs, car ils ont toujours des projets, même à 76 ans. L’air frais, l’activité physique et l’atmosphère relaxante ont certainement contribué à leur santé. Screen Shot 2021-03-05 at 3.59.45 PM.pngScreen Shot 2021-03-05 at 4.00.10 PM.pngScreen Shot 2021-03-05 at 4.00.19 PM.png