Le 17 décembre 2017 Téléphone.: 705-372-1011 | Sans frais: 866-362-5168 | Télécopieur.: 705-362-7411 - NOUS JOINDRE

     Il était une fois un amour de chaton né de la tendre Poupoune et de père inconnu, prince de ruelle. Il arriva chez nous, à peine sorti de la petite enfance, nous regardant de ses grands yeux bleus, vêtu d’un manteau d’angora et tout étonné de se voir en pays étranger! Quatre petites pattes grises et blanches pointaient d’une boule d’ouate grise et blanche.

Toute la famille tomba sous son charme. Les commentaires fusaient de la part de mes quatre enfants : Maman, vient voir comme César est gentil, et la chaise berçante oscillait afin de faire ronronner le Roi de la maison. Noblesse oblige, son appétit de fin gourmet se bornait à l’Assiette du Chef ou Viande de poulet, pâté de grand luxe, prix à l’appui. Les restants de table? César se respectait tellement qu’il n’y mettait même pas le museau.               

À six mois, voyage à Kapuskasing pour piqûres, castration et convalescence choyée à grand renfort d’onguent. Un vrai Rockefeller félin!

La première année, il dédaigna les oiseaux, se bornant à visiter son royaume car nous possédions deux grands lots urbains. Des chattes le saluaient mais il les toisait avec arrogance.                                                                                           Il fit sa part de petits besoins sur le tapis, les enfants ayant oublié de le sortir. Maman se chargeait de la corvée du nettoyage. Il parait que j’étais la patronne de César. Peut-on passer sous silence le grand accident de messire chat, l’anéantissement d’une porcelaine de grand prix? Si un des enfants avait été responsable d’une pareille bévue, il se serait fait pendre mais, peut-on véritablement punir un chat… après sa castration?

La deuxième année, malgré son poids de dix-sept livres de chair, de gras, de poils et de collier, à ma grande consternation, il développa une technique infaillible pour attraper des oiseaux. Nul doute que ce talent lui venait de ses ancêtres. Malheureusement, son taux de succès de prise était de 100%.                                                                               Il répondait à l’appel de l’ouvre-boite et ronronnait comme un poêle chauffé  à l’épinette sèche. Ma benjamine l’adorait. Je m’en suis rendu compte surtout le jour où elle lui ouvrit la porte extérieure en disant : Ne te tiens pas avec le matou jaune, il est de mauvaise éducation. Avertissement judicieux, s’il en fut, que minet apprit, à ses dépends le jour où il suivit le Casanova félin dans sa ronde aux belles du quartier. Il en revint tard le soir, tout piteux, le nez en sang, le poil hérissé, cotonné et la queue en berne. A-t-on idée de se mêler des amours d’un vieux félin, quand le vétérinaire nous a enlevé toute idée de procréation?

Vint le troisième anniversaire. Cette année-là, un couple de rouges-gorges (les étourdis!), bâtirent leur nid dans une branche d’épinette à proximité de l’escalier extérieur. César en devint cramoisi d’envie. Malgré les barricades posées en hâte, il réussissait à poser le nez près du nid, au grand désarroi de mère-oiseau.                                                           Un jour de bruine, César sauta dans le nid, culbuta le tout et fit festin de mère et oisillons. La semaine suivante, voyant le veuf pleurer son foyer ravagé, il le mangea, lui évitant sans doute un veuvage prolongé.

Je suis le déroulement des nouvelles internationales. Le sort des pauvres et malheureux de tous pays m’émouvait, surtout quand je faisais la commande d’épicerie pour mon chat. Cet animal gâté se pourléchait les babines au détriment d’humains décharnés.

Il ne me restait plus qu’un acte à poser : par une belle journée de juillet, César fit son dernier voyage en voiture et, vous l’avez sans doute deviné, ce fut maman qui s’en chargea. Mon fils refusa d’être de connivence avec un meurtre pareil, et mon mari, un grand sensible, ne se sentait pas de taille à affronter cette triste séparation.

Adieu, César et Requiescat in pace.

Requiem pour un chat

Tu es parti au royaume des chats

Nous laissant des souvenirs

Que rien ne peut effacer.

Animaux, vous touchez nos âmes

Et y régnez à jamais.