« Le français, c’est une langue de diversité ». On imaginerait ces paroles tirées du discours d’un orateur habitué de parler aux foules.

Il dirait à son auditoire que la langue française vibre partout dans le monde, et qu’elle porte en elle autant d’âmes que de peuples qui la parlent.

Eh bien non! C’est dans une école primaire que j’ai lu ce beau passage. Il était affiché sur le babillard de l’accueil de l’école Mauril-Bélanger à Ottawa.

Je suis tombé sur cette citation alors qu’un cortège ministériel quittait tout juste les lieux pour retourner au Parlement. La ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, venait de présenter le très attendu Plan d’action sur les langues officielles. Ces mots sont sortis de l’esprit d’un élève de sixième année. Vu son jeune âge, il m’est interdit de l’identifier.

Cela dit, par son prénom et son nom, il est néo-canadien de toute évidence. Il commence à prendre racine dans une terre nouvelle, avec une culture fort différente de celle des descendants des premiers colons.

Le Plan d’action tout juste rendu public présentait des statistiques inquiétantes quant au poids démographique des minorités francophones au Canada. Elles constituent aujourd’hui 4 % de la population canadienne. Elles vont tomber à 3 % en 2036 si la tendance se maintient. En clair, les « Canadiens de souche », comme on les désigne souvent, sont voués au déclin, peut-être pas en nombre absolu, mais en poids relatif. Deux causes sont faciles à identifier. D’abord, la faible natalité qui relègue la revanche des berceaux à la vieille histoire, et ensuite l’assimilation. Dans certaines régions du pays, à peine une famille sur deux transmet le français à ses enfants.

Il faut une planche de salut. Si effectivement il y en a une, elle se trouve chez les nouveaux arrivants, dont fait partie cet élève de 11 ans qui sait déjà que le monde ne s’est pas bâti sur un seul modèle culturel.

Le Plan d’action prévoit le versement de 40 millions $ au cours des cinq prochaines années pour stimuler l’immigration francophone à l’extérieur du Québec. L’initiative fera appel à l’appui des communautés, des employeurs, des provinces et des territoires.

On veut que 4,4 % des francophones qui immigrent au Canada choisissent les communautés minoritaires pour s’établir. L’objectif est de taille. On est actuellement à mois de 2 %, et ce, malgré des cibles plus ambitieuses.

L’Ontario illustre bien le défi. La province la plus populeuse au Canada a reçu moins d’immigrants francophones en 2014 qu’en 2009. C’est certain, la croissance n’est pas acquise. Le fédéral compte sur ses propres initiatives, et aussi sur la collaboration des provinces. C’est là que commence la haute voltige.

Il y a eu un forum sur l’immigration francophone le printemps dernier, à Moncton. Le communiqué final avait de quoi nous laisser perplexes. On y lisait ce qui suit : « Il pourrait s’agir notamment de travailler avec les provinces et les territoires intéressés afin d’ajouter une dimension francophone aux ententes bilatérales en matière d’immigration… » On y précise bien provinces et territoires « intéressés », car ils ne le sont pas tous.

Avec son gouvernement central, ses provinces et ses territoires, le Canada compte 14 juridictions. Cinq étaient absentes du forum : toutes celles à l’ouest du Manitoba, ainsi que l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve.

Dommage, dites-vous? Certainement. C’est un obstacle de plus à l’essor du français au pays. Mais il n’y a pas que ça. Ça fait chaud au cœur de lire un enfant de 11 ou 12 ans qui s’ouvre déjà aux autres cultures et qui l’exprime.

Il me semble que nos sociétés ont grandement besoin de ces esprits éclairés, surtout quand il s’agit de ceux qui ont toute la vie devant eux pour apporter leur contribution à un monde que l’on veut meilleur jour après jour. Pourquoi ne pas tout faire pour en attirer davantage?